Le 15 juin 2020

C'est avec un titre proche de celui-ci, très attirant, que des dizaines et des dizaines de rédactions françaises et certainement bien d'autres ont fait leur une, il y a tout juste quelques mois.

L'histoire

Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas la peine de la pianiste Canadienne Angela Hewitt mais plutôt le traitement de l'information, sous prétexte de parler de culture. L'histoire, je vous la résume en une phrase : "Des déménageurs ont laissé un piano super cher, pas possible de le réparer et la propriétaire est vachement triste !".

Je vous mets tous les liens ci-dessous. Si vous avez deux minutes, vous pourrez en regarder quelques-uns. Et plus vous lirez (dans les grandes lignes, ça suffira amplement), plus vous pourrez voir un phénomène intéressant se dessiner.

20minutes
ouest-france
slate.fr
lepoint
rtl
lunion
vosgesmatin
radioclassique
leprogres
aisnenouvelle
francemusique
courrier-picard.fr
rtbf
bfmtv
diapasonmag
news-24

Au delà de L'histoire

Plusieurs choses m'interpellent. La date, pour commencer. Ils écrivent tous leur article dans une fenêtre de 24 heures. On peut se dire que c'est normal ; c'est l'actualité qui veut ça. Pas du tout. La pianiste a partagé sa peine (en se faisant de la publicité au passage, pas folle la guêpe) sur Facebook le 9/02/2020, quand les rédactions se sont affolés le 12/02/2020, soit trois jours plus tard. Comment cela peut-il s'expliquer ?

J'ai une théorie très simple, qui marche pour beaucoup d'informations sensationnalistes comme celle-ci : une rédaction (je penche pour 20minutes), très proche de Facebook et toujours encline à faire des articles un peu trash, est tombée sur l'info à retardement, et toutes les autres l'ont généreusement copiée. Le Canada a peut-être un rôle à jouer là-dedans également.

Ensuite, lorsqu'on se penche sur les articles, on peut voir aisément qu'ils écrivent tous la même chose. On ne peut lire que de la paraphrase. Ils font passer pour de l'info, ce qui n'est que la traduction de l'article écrit par la pianiste sur le réseau social. Certains, qui avaient du temps devant eux, ont tapé son nom dans Google pour sortir une info de premier ordre, du genre : "pianiste spécialiste de Bach"... mais on n'ira pas plus loin. Vous pouvez remarquer que France Culture ne fait pas exception.

Du journalisme ?

PAS UN SEUL n'a considéré que c'était son travail de joindre l'intéressée ! Arrivez-vous à y croire ? Ils auraient pu également chercher à joindre les déménageurs ou d'autres déménageurs pour connaître ce sujet délicat, se renseigner sur la mécanique pour savoir réellement pourquoi un piano trop endommagé est irréparable, joindre de le constructeur pour connaître son avis... C'est de l'information, ça ? Pas de temps à perdre. Il faut faire du chiffre, donner une raison de plus de cliquer sur les publicités et peu importe le contenu.

Et chacun de donner son avis dans les commentaires dans une phrase expéditive, pour avoir l'impression d'être un peu soi-même journaliste, pour espérer être pris au sérieux :
« - Ça va, c'est que du matériel.
- Snif.
- C'est traumatisant, je comprends.
- On peut en trouver des pas chers en Chine.
- Des spécialistes pour déménager ce piano ! Apparemment il avait des intérimaires dans l'équipe.
- Vous êtes vraiment irrespectueux des artistes. »

Au delà du trash, du sensationnalisme, ces rédactions ont-elles déjà pensé, par le passé, à faire un article sur cette pianiste (ou les autres), sur son répertoire, ses sorties CD, ses concerts ? Est-ce que ce ne serait pas ça, un travail de journaliste culture ?

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